A Lucien Neuwirth - Epitre #9 - Terza rima #1

Il y a peu de temps est mort Lucien Neuwirth. Cet homme s’était vanté d’avoir convaincu De Gaulle, d’abord réticent, des bienfaits de la pilule contraceptive en une seule heure. Il fut également un ardent promoteur de l’euthanasie. Que Dieu ait pitié de lui.

Père de la pilule : ainsi t’appelle-t-on,
Et voici que s’élève un concert de louanges ;
Je chanterai ta mort, mais sur un autre ton.

Père ? Quel nom pour toi ! Père ! Quel titre étrange !
Ton seul acte empêcha trop d’enfants d’exister,
Comme une boule en neige entraîne une avalange1.

La femme, grâce à toi, perdit sa majesté ;
De compagne et de reine, elle chut en esclave,
Que son maître pourra, chaque jour, convoiter.

Tu prétendis pourtant arracher ses entraves,
Redonner à la femme un peu de liberté :
Mais le brillant galion sombre comme une épave.

Contemple sans cligner ce que tu as vanté !
Observe ses effets, et dans quel grand péril
Tu jetas et de l’âme et du corps la santé !

Plus ou moins longuement elle reste stérile,
Par sa faute elle souffre à n’avoir point de fruit ;
Et l’homme, quant à lui, n’est-il pas moins viril ?

Observe le de près, et vois : l’enfant, c’est lui.
Jouisseur irresponsable, il songe à son plaisir,
Il ne s’engage point, et l’épreuve, il la fuit.

Ah, vraiment, quel progrès ! Nul besoin de choisir :
On peut, sans concevoir, n’être pas abstinent,
Et transformer l’union en un simple loisir.

C’est régresser en fait aux méthodes d’Onan.
Père ? Tu l’es peut-être, indigne, aveugle, et vil,
Et tu quittes le monde, enfin, en lui donnant

Non des enfants en fait : des êtres infantiles.

1 Synonyme rare d’avalanche, fort utilisé, paraît-il, au Québec, et que j’emploie ici uniquement pour la rime.