Barjavel et le Concile Vatican II

Au risque du pléonasme, j’oserai affirmer qu’on a parfois des surprises étonnantes ! Comment pouvais-je m’attendre à trouver dans Si j’étais Dieu… , de René Barjavel, écrivain de science-fiction sympathique et plein de fantaisie, une réflexion sur le concile qui rejoint grosso modo les miennes ?

Rien de plus étrange, par ailleurs, que cette parenté entre nos idées si l’on regarde le reste du livre. Ayant l’intention de me reposer l’esprit entre deux lectures sérieuses par un petit roman sans prétention et divertissant, je tombe de haut, c’est-à-dire sur une soupe panthéiste et relativiste à l’eau de rose où surnagent des morceaux de christianisme déchiquetés ; où un dieu anthropomorphisé et même, si j’ose dire, ordinateurisé , crée l’homme pour que celui-ci l’invente ; où l’enfer, évidemment, n’est qu’un long purgatoire précédant l’apocatastase ; où le diable n’est qu’un concept vague, une représentation du mal, qui du reste sera quand même sauvé - en bref un condensé de l’absence de foi ou de pensée de nos contemporains.

On partagera donc mon étonnement lorsque, après une page inepte sur saint Dominique, méchant inventeur de l’Inquisition, et deux autres encore plus ineptes sur Moïse, le lecteur tombe sur ces phrases prononcées par “Dieu” devant l’espèce de purgatoire où les méchants sont jetés dans des cuves et lessivés, au sens propre :

Il restait la liturgie, quelques gestes, quelques mots, quelques chants, quelques fragments du rite de la messe dont les officiants ne connaissaient plus eux-mêmes la signification ni l’efficacité, mais qui demeuraient comme des flèches et des pointillés indiquant la bonne direction. Le Concile Vatican II a liquidé tout ça !… Tu vois cette grande cuve ? Tout le Concile y trempe, autour du bon gros pape Jean XXIII et du petit pape maigre Paul VI… […] À cause du bon gros pape, qui s’est laissé entraîner vers l’erreur par gentillesse et naïveté, Je les traite avec douceur.
Ils ne sont pas blancs non plus !… Leur mouvement de révolte contre l’Église était justifié. Ils l’accusaient de corruption, de superstition et d’ignorance. Mais, partis de cette même ignorance, au lieu de revenir vers la Vérité, ils ont rejeté le peu qui en subsistait encore, et ils sont partis en courant vers un total oubli, entraînant derrière eux la moitié des croyants. Le reste de l’Église les a rejoints depuis Vatican II.
René Barjavel, Si j’étais Dieu… , Le Livre de Poche, pp. 112-113.

Si vous vous taisez, les pierres crieront…