Nous autres jeunes gens nous croyons forts et grands
Et, par moments, même invincibles.
Le corps n’a pas sur nous ce pouvoir torturant
Qui touche les vieillards et semble négligible.
La mort, nous y songeons ; elle nous paraît loin,
Comme un informe épouvantail
Qui, près de l’horizon, apparaît comme un point,
Alors qu’à dire vrai, il est de haute taille.
Mais nous voici soudain faibles et flageolants :
Ce corps, qui semblait si robuste,
Nous pèse tout à coup ; malhabiles et lents,
Notre tête devient aussi lourde qu’un buste.
C’est le jeûne ! Il nous rend soudain beaucoup plus vieux,
Et nous rapprochant de la mort
Il nous rapproche aussi du Seigneur notre Dieu,
Et nous fait nous soucier de notre futur sort.
Malgré sa vanité, faible, que l’homme l’est !
Qu’il prenne une bonne béquille,
Dieu Lui-même, et s’appuie sur Lui seul sans délai ;
Le jeûne permet que cette vérité brille.