Le désordre en vue de l'ordre

Hier, lors de la récitation matinale du chapelet, mes enfants se sont disputés. Mon quatrième ayant dit la première dizaine, deux de ses frères soutenaient que le troisième devait guider la deuxième dizaine, le second la troisième, et l’aînée la quatrième, pour finir par leur père. De cette manière, on respectait l’ordre croissant. L’aînée, de son côté, soutenait que la deuxième dizaine lui revenait de droit. Querelle d’enfants ? Sans doute. Je songeais cependant combien l’esprit humain est naturellement porté vers l’ordre et l’harmonie. Personne n’incline à proprement parler vers le mal : sans cesse on cherche quelque chose de bien. Voyez ces enfants : l’une veut qu’on respecte sa préséance ; les autres cherchent l’esthétique. Aucun ne veut directement le mal ; tous ont blessé la charité, c’est à dire l’ordre et le bien supérieur. Comment se fait-il alors qu’un ordre trop strict et trop rigide nous lasse, nous déplaise ? Pourquoi dit-on qu’en art il faut parfois violer la loi ? Je ne crois pas qu’il s’agisse simplement d’un défaut lié à notre nature blessée. Nous cherchons un ordre plus profond et plus riche que nous avons des difficultés à établir dans la rédaction de nos lois. Prenez la nature, toute blessée qu’elle est par notre faute : elle fait partout éclater un ordre admirable qui frappe nos sens mais que notre esprit peine à établir. La croissance d’un arbre paraît anarchique à notre raison, simplement parce qu’elle n’en saisit pas les règles, et pourtant, qui doute de sa beauté ?