Le jeûneur grognon - Stances #25

Aujourd’hui, Mercredi des Cendres ! Comme chaque année, le Carême commence avec une journée de jeûne, toujours un peu pénible pour nous autres médiocres.

Le jeûneur grognon

La nuit régnait encor quand je me suis levé,
Mais ce matin ni pain, ni thé chaud, ni tartine,
Et ma bouche inutile a bien pu saliver :
Je n’avalerais pas un bout de clémentine.

C’est la pause café, mais devant mon écran
Je dois rester assis et me faire violence.
Tiens, des bonnes odeurs ! Courage, il faut du cran !
Et mon pauvre estomac qui gargouille et me lance ?

Enfin le déjeuner : un petit bol de riz !
Je n’aurais jamais cru qu’à quelques pauvres graines
Je puisse un seul instant accorder un tel prix !
C’était bon ; c’était peu… Il faut que j’en reprenne !

Non ! Silence. On se tait. Au travail maintenant.
Mais quel est donc ce bruit ? C’est le ventre qui gronde,
Qui ne se soucie pas que cela soit gênant
Et tient à exprimer sa colère à la ronde.

Je rentre du travail, et le long du chemin
Voici des restaurants et des bars grand ouverts :
Ah, pourquoi résister et remettre à demain,
Pourquoi attendre encor pour mettre le couvert ?

Ah, ce terrible jour n’aura-t-il pas de fin ?
Ah, pourquoi sacrifier son repas sur l’autel ?

Celui qui a jeûné quarante jours

Tu n’as jeûné qu’un jour et tu dis avoir faim ?
Depuis combien de temps ton âme jeûne-t-elle ?