La tradition chrétienne a toujours entendu ce verset du prophète Daniel comme une prophétie concernant Notre-Seigneur. Voici la première partie en latin :
Et post hebdomades sexaginta duas occidetur Christus : et non erit ejus populus qui eum negaturus est.
Et après soixante-deux semaines le Christ sera tué : et le peuple qui l’aura renié ne sera plus.
La version massorétique est extrêmement difficile à interpréter, et sans doute, d’après le commentaire de Vigouroux dans sa polyglotte, tronqué. Il aurait été bon de connaître la version dont disposait saint Jérôme.
וְאַחֲרֵ֤י הַשָּׁבֻעִים֙ שִׁשִּׁ֣ים וּשְׁנַ֔יִם יִכָּרֵ֥ת מָשִׁ֖יחַ וְאֵ֣ין ל֑וֹ
Et après les soixante-deux semaines un Messie sera tué et rien pour lui.
Ce qui est curieux, c’est le manque d’article au mot Messie ; quant aux deux derniers mots, ils sont très difficiles à interpréter. Néanmoins, même les protestants s’accordent à peu près pour rétablir l’article. Voici la traduction de Young : “And after the sixty-two weeks, the anointed one shall be destroyed, and there is no judgment in him” ; de Martin : “Et après ces soixante-deux semaines, le CHRIST sera retranché, mais non pas pour soi”; de Darby : “Et apres les soixante-deux semaines, le Messie sera retranché et n’aura rien” ; la King James : “And after threescore and two weeks shall Messiah be cut off, but not for himself”. On trouve cependant chez Segond : “Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n’aura pas de successeur.”
C’est aussi ce qu’on peut lire, hélas, chez Crampon : “Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, et personne pour lui.” À simplement lire cette traduction, on ne voit pas vraiment le Christ ; les notes de l’ancienne édition, notamment celle du verset 25, permettent de se faire une idée plus précise : “un oint, un personnage qui sera spécialement un prêtre, mais en même temps un chef, un roi, le Christ, le roi Messie ; c’est lui que désigne ici toute la tradition chrétienne (p. 1330, édition de 1923, reprint 1989) En revanche, la nouvelle édition dit : “Un chef oint, un personnage qui sera spécialement un prêtre, mais en même temps un chef, un roi, une figure du futur roi Messie” (p. 1390, édition de 2023). Et plus loin : “Il peut s’agir d’Onias III, grand prêtre, qui fut assassiné en 171 par Ménélas” (p. 1391) Il n’est plus question de Notre-Seigneur. Et c’est ce qu’on appelle une bible catholique ?