Le poème de ce jour m’est venu après avoir lu quelques lignes d’un sermon d’Eusèbe de Césarée :
Le prophète parlait ainsi parce que Dieu devait résider dans le désert, ce désert qui est inaccessible au monde. Toutes les nations païennes étaient des déserts de la connaissance de Dieu, inaccessibles aux justes et aux prophètes de Dieu.
Un jour, un juif dit au Baptiste :
- Sans doute c’est Dieu qui t’envoie,
C’est Lui qui parle par ta voix,
Qui veut que chacun se contriste,
Mais éclaire-moi, je te prie :
Pourquoi prêcher dans le désert ?
Est-ce que le sable, les pierres,
Auraient assez reçu d’esprit
Pour comprendre, quand tu les tances,
Qu’elles doivent changer de vie,
Enfin, vraiment, à ton avis,
Vont-elles faire pénitence ?
Tu devrais aller dans les rues
D’une ville bien populeuse,
Et devant la foule nombreuse
Tâcher d’être par elle cru !
Au lieu de quoi, ton auditoire,
Est la poussière et le serpent
(Lui qui jamais ne se repent)
Et les fous qui viennent te voir.
Ô Baptiste, n’es-tu point las
De prêcher dans la solitude,
Dans cet endroit sinistre et rude
Où le public n’est jamais là ?
- L’homme hait les contrées arides,
Que jamais n’arrose la pluie,
Que tous ses semblables ont fui,
Effrayantes étendues vides !
Et tout prophète que je suis,
Crois-tu que je sois moins avide
De vivre dans les lieux humides
Où sont les sources et les fruits ?
Pour moi Dieu seul est ma fontaine,
Et je n’ai d’autre fruit que Dieu.
La solitude est le seul lieu
Qui dans l’univers en soit pleine.
Car pour tout homme juste et pieux,
A qui le monde ne plaît guère,
Les villes sont de grands déserts
Et le désert est plein de Dieu.