Il y a quelques temps, j’ai eu un accident de voiture.
La matinée avait déjà mal commencé lorsque je reçois un appel de mon épouse : elle est enceinte, avec deux de nos enfants en bas âge, et bloquée devant le portail de notre maison. Pourquoi ? Parce que l’électricité a encore été coupée dans notre village, et ce pour la troisième fois de l’année. Est-ce que je peux venir l’aider ?
Bon chevalier servant, je me précipite dans ma voiture. Je me précipite un peu trop : lancé à 110 kilomètres à l’heure sur une route de campagne, sur une chaussée qui vient de recevoir ses premières pluies depuis l’été, je négocie mal mon virage.
Aussitôt, la voiture se met à glisser, traverse la route, et finit dans le fossé. Heureusement, nul ne circule à ce moment. La voiture, bien sûr, est en miettes. Quant à moi, je suis un peu secoué, mais je m’en tire avec quelques ecchymoses.
Ce qui, après coup, m’a beaucoup frappé, ce sont mes pensées. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Voici ce dont je me souviens :
- Tiens, ça glisse vraiment beaucoup.
- Pour aider ma femme, c’est raté.
Et c’est tout. Des pensées on ne peut plus banales alors qu’à cette vitesse, j’aurais pu me tuer. Ai-je songé à Dieu ? Pas à un seul instant. Je ne lui ai pas demandé de l’aide. Je ne me suis pas confié à lui. Je n’ai pas demandé in extremis le pardon de mes péchés. J’ai laissé de côté tout ce qui était important ou plutôt, rien de ce qui était important ne m’est venu en tête.
De cet accident, il me semble que je dois tirer deux leçons :
- on se fait bien des illusions si l’on croit pouvoir jouer à sa guise au bon larron ;
- si l’on veut penser à Dieu dans ces moments critiques, il faut vivre davantage en sa présence et en prendre l’habitude par des actes répétés incessamment.