- Non, je ne puis porter la Croix ;
Ne suffit-il pas que je croie ?
La charge est lourde et le bois dur,
Et ma ferveur jamais ne dure.
Souffrir, hélas, je ne le peux,
Et me contenterai de peu
Pour ma récompense éternelle
Puisque j’aurai vécu sans zèle.
Je laisse la gloire aux grands saints,
Et suivrai mon petit dessein :
Éviter avant tout l’enfer,
Pour le reste, ne pas s’en faire.
Or mon ami me répondit :
- Tu ne veux pas du Paradis ;
Tu le veux trouver sans effort,
Mais le Ciel n’est pas le confort.
Pourtant que la Croix pèse peu !
Uniquement ce que Tu peux,
Voilà quelle est la vraie mesure
A l’égard de la créature.
C’est Jésus qui souffrit le fouet,
Et c’est Jésus que l’on clouait ;
C’est Lui qu’on trahit, qu’on achète,
C’est Lui qu’on moque et qu’on soufflète ;
C’est Lui qu’on renie par trois fois,
C’est en Lui que l’on perd la foi ;
Enfin, c’est Lui, le Dieu, qui meurt :
Mon ami, de quoi as-tu peur ?
Notre Seigneur et notre Roy
A embrassé toute la Croix ;
Pour l’homme, voici ce qu’Il garde :
Il nous a laissé les échardes.